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Le sentiment de la réalité

Ayako Takaishi travaille d’abord sur le motif. Comme naguère les peintres. Mais comme tout photographe. Elle observe longuement. S’arrête sur des paysages, sur des objets. Puis les fixe au moyen de son objectif. A les examiner ensuite, une impression ténue de solitude, un silence teinté de mélancolie, saisit le regard. Peu importe d’où ils sont, ils semblent livrés à eux-mêmes, noir et blanc, sépia ou brun, rarement plus colorés, dépouillés, surpris dans la fraîcheur d’un printemps fleuri, dans le dénuement d’un hiver, dans l’effervescence urbaine habilement saturée par des éclats d’images superposées. Et lorsque de vieux outils abandonnés s’emparent du cadre, ils sont là, rouillés ou poncés par l’usure, adossés à un mur soumis au même sort.
Ce n’est que plus tard que ces prises de vue acquièrent cette physionomie. Mieux, cette consistance fine et subtile même quand elle est plus appuyée. C’est dans la chambre noire, en effet, stimulée par le désir manifeste de mettre en évidence la substance des choses que Ayako Takaishi s’attelle à la faire surgir. Par le jeu de manipulations patientes affleurent des textures, des tonalités, des palpitations et plus largement des climats qui insufflent aux images cette dimension picturale dont elles sont à priori et communément dépourvues.


Ainsi, Akayo Takaishi bâtit une iconographie nourrie de connivences avec la peinture. Pour autant, le propos n’est pas d’opérer pareille conversion. Il s’agit plutôt de s’évader du champ strict des apparences afin d’expérimenter les potentialités esthétiques du médium lui-même et d’en éprouver les limites. Dans cet optique et avec le savoir faire qui est le sien, la jeune femme s’en remet aux hasards, aux repentirs, aux reprises qui interfèrent inévitablement avec le processus de développement des photos. Sans perdre de vue le cliché initial, celui-ci se précise cependant, grâce aux effets de matière destinés à instiller du corps et du relief au glacis du support de papier. En se gardant de toute ornementation. En prenant soin de ne pas forcer le trait. Mais avec un souci évident de sobriété. Les tirages de Ayako Takaishi prennent alors l’étoffe de véritables compositions. Plus encore, ils se révèlent comme des évocations mentales qui ne font qu’accroître le sentiment de la réalité dissimulé dans la nature des sujets photographiés et que la pellicule ne saurait détecter d’emblée.

Nathalie Cottin

Nathalie Cottin
Alain Page
Daniel Sibony