FR – Ayako Takaishi produit des images photographiques subtilement manipulées, dont les connotations tiennent autant des effets picturaux que de la prédation subjectives de son oeil enregistreur.
Rejetant le photomontage, le document ethnologique ou le constat évènementiel, sa curiosité visuelle la porte à saisir dans son appareil, ce que son regard soudain distingue et isole au gré de sa transhumance : paysages urbains ou agrestes, natures mortes ou fragments de corps.
Toutefois, elle ne les rend pas dans leur identité première, mais après les avoir soumis au filtre de son imaginaire et de ce qu’elle alimente en son tréfonds, car elle sait qu’il n’y a de vérité qu’au delà du référent, en-deçà de l’enveloppe des formes.
La résultante de ses combinatoires parfaitement maitrisées techniquement, où des flous étudiés rehaussent des détours inespérés dans une heureuse synthèse entre la sobriété et une pudique effusion, ne contredit jamais le passage de l’émotion.

 

EN – Ayako Takaishi makes photographic images, subtly handled, whose references are simultaneously those of pictorial effects and those of her recording eye’s subjective capturings.
Rejecting photomontage, ethnological documentation or a witnessing of events, her visual curiosity leads her to capture, within her camera, what her eye has suddenly noticed, and isolated, during its meanderings: urban or rural landscapes, still-lives or bodily  fragments.
However, she does not render them inside their original identity, but after subjecting them to her imagination’s filter, and to what she profoundly feels, for she knows there is no truth beyond references, beyond shapes’ outwards appearances.
The outcome of these absolutely, technically, mastered combinations, in which controlled  blurrings highlight unexpected byways, within a happy symbiosis between sobriety and a discreet outpouring, never contradicts the passage of emotion.

G.Xuriguera
Translated in English by Ann Cremin

 

 

Le sentiment de la réalité

Ayako Takaishi travaille d’abord sur le motif. Comme naguère les peintres. Mais comme tout photographe. Elle observe longuement. S’arrête sur des paysages, sur des objets. Puis les fixe au moyen de son objectif. A les examiner ensuite, une impression ténue de solitude, un silence teinté de mélancolie, saisit le regard. Peu importe d’où ils sont, ils semblent livrés à eux-mêmes, noir et blanc, sépia ou brun, rarement plus colorés, dépouillés, surpris dans la fraîcheur d’un printemps fleuri, dans le dénuement d’un hiver, dans l’effervescence urbaine habilement saturée par des éclats d’images superposées. Et lorsque de vieux outils abandonnés s’emparent du cadre, ils sont là, rouillés ou poncés par l’usure, adossés à un mur soumis au même sort.
Ce n’est que plus tard que ces prises de vue acquièrent cette physionomie. Mieux, cette consistance fine et subtile même quand elle est plus appuyée. C’est dans la chambre noire, en effet, stimulée par le désir manifeste de mettre en évidence la substance des choses que Ayako Takaishi s’attelle à la faire surgir. Par le jeu de manipulations patientes affleurent des textures, des tonalités, des palpitations et plus largement des climats qui insufflent aux images cette dimension picturale dont elles sont à priori et communément dépourvues.
Ainsi, Akayo Takaishi bâtit une iconographie nourrie de connivences avec la peinture. Pour autant, le propos n’est pas d’opérer pareille conversion. Il s’agit plutôt de s’évader du champ strict des apparences afin d’expérimenter les potentialités esthétiques du médium lui-même et d’en éprouver les limites. Dans cet optique et avec le savoir faire qui est le sien, la jeune femme s’en remet aux hasards, aux repentirs, aux reprises qui interfèrent inévitablement avec le processus de développement des photos. Sans perdre de vue le cliché initial, celui-ci se précise cependant, grâce aux effets de matière destinés à instiller du corps et du relief au glacis du support de papier. En se gardant de toute ornementation. En prenant soin de ne pas forcer le trait. Mais avec un souci évident de sobriété. Les tirages de Ayako Takaishi prennent alors l’étoffe de véritables compositions. Plus encore, ils se révèlent comme des évocations mentales qui ne font qu’accroître le sentiment de la réalité dissimulé dans la nature des sujets photographiés et que la pellicule ne saurait détecter d’emblée.

Nathalie Cottin

 

Le tirage par excellence

Les photographies d’Ayako Takaïshi procurent un double plaisir, celui du sujet et celui de sa représentation. Pour les apprécier pleinement, il faut voir ses tirages. Ayako Takaïshi fait partie de ces photographes dont on ne peut se contenter de faire défiler une série d’images sur un écran d’ordinateur. La véritable révélation nait en présence de ses œuvres aux nuances subtiles et délicates que la photographe élabore patiemment dans la lumière rouge d’un laboratoire argentique. Le travail d’Ayako Takaïshi est indissociable de l’enregistrement de son regard sur du film, qui lui est devenu une seconde nature, puis de sa transposition sur la surface photosensible du papier photographique. En fonction des thèmes, elle choisit la surface et la tonalité des papiers qui seront les plus évocateurs. Chaque tirage est unique, fruit d’une alchimie particulière où se mêlent la lumière, le temps et la matière.

Philippe Bachelier

 

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